KARACHI, Pakistan - Les habitants de Karachi, capitale du Sindh (sud) et plus grande ville du Pakistan, ont commencé à se hasarder hors de chez eux dimanche, tentant de trouver vivres et carburant dans l'étrange silence d'une mégalopole dévastée par trois jours d'émeutes déclenchés par l'assassinat de Benazir Bhutto.
L'armée et la police patrouillaient tous les carrefours de l'immense ville, où s'entassent plus de 12 millions d'habitants, qui semblait avoir retrouvé un semblant de calme pour la première journée depuis l'attentat de Rawalpindi. Affrontements et pillages ont fait au moins 40 morts dans tout le Sindh, fief du clan Bhutto.
Des centaines de commerces et quelque 950 véhicules ont été incendiés, et l'immense cité portuaire surpeuplée, capitale économique du pays habituellement bouillonnante de vie, ressemblait à une ville-fantôme. La plupart des magasins restaient fermés et les rues, toujours la proie d'un gigantesque embouteillage permanent, étaient quasiment vides de toute circulation.
Mohammed Umar, 60 ans, fonctionnaire à la retraite, s'estt hasardé hors de chez lui pour acheter du pain, la famille ayant épuisé ses réserves de farine, de sucre, de lait... Il raconte avoir vu depuis ses fenêtres des pillards faire sauter les cadenas des magasins de la rue la nuit précédente.
Non loin de là, Mussarad Nasim Albert, une infirmière qui n'a pas réussi à se rendre à son travail depuis jeudi, déplorait que les produits de première nécessité soient désormais vendus au double du prix habituel. Elle est repartie chez elle avec juste quelques pommes de terre et oignons.
Des barricades improvisées protégeaient toutes les stations-service, où Mohammad Shoaib, 18 ans, attendait pour faire le plein de sa petite moto. L'examen qu'il devait passer en informatique a été reporté à une date non précisée en raison des violences.
Les blindés de l'armée sillonnaient toujours les quartiers les plus sensibles, comme le bidonville de Lyari, qui a connu les pires violences.
A la résidence des Bhutto de Karachi, les larmes n'arrêtaient pas de couler. Masi Mehru, 70 ans, disait ne pas avoir réussi à manger quoi que ce soit depuis l'assassinat. "J'aurais préféré mourir à sa place", sanglotait la vieille dame. Sa fille de 40 ans, Husan Banu, était elle aussi coincée dans la résidence depuis trois jours, Karachi étant privée de tout transport en commun. AP
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